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Photo : Andrea Piacquadio · Pexels

L'IA va-t-elle supprimer des emplois en Suisse romande ? Ce que je vois dans les PME à Morges

Publié le 20 septembre 2026 · Justin Vuffray

L'IA remplace-t-elle vraiment des postes en Suisse romande ?

Non, pas dans les PME que je vois autour de Morges et de Lausanne. En deux ans de formations, je n'ai pas rencontré un patron de la région qui a licencié quelqu'un parce que ChatGPT faisait le travail à sa place. Ce qui change, c'est le contenu des journées. Certaines tâches disparaissent, le poste reste. Et personne ne peut te donner un chiffre fiable sur les emplois perdus à cause de l'IA en Suisse. Ceux qui en donnent un ont souvent quelque chose à vendre.

Ce que j'observe est plus banal et plus utile à comprendre : le travail se déplace. Une personne qui passait sa matinée à mettre en forme et à reformuler passe maintenant sa matinée à vérifier, décider et parler aux clients. Même poste, même salaire, autre journée. Ça ne fait pas un bon titre de journal, mais c'est la réalité du terrain.

Le vrai risque n'est pas le licenciement. C'est le poste qui se vide de sa valeur sans que personne ne s'en aperçoive.

Quels postes changent en premier dans une PME ?

Les postes les plus exposés sont ceux dont une grande partie de la journée consiste à produire du texte standard : secrétariat, assistant administratif, support client de premier niveau, traduction simple, mise en forme de documents. Ce n'est pas une question de diplôme ni d'âge. C'est une question de proportion. Si soixante pour cent de ton temps part en rédaction répétitive, l'IA te touche. Si c'est dix pour cent, tu ne verras presque rien.

Prenons une situation type. Une fiduciaire de la région, trois collaborateurs. L'un d'eux consacre son vendredi aux lettres de relance et à la remise en forme des bilans clients. Ce vendredi ne disparaît pas. Mais la partie rédaction passe de quatre heures à une heure, et les trois heures libérées partent dans les dossiers que personne n'avait le temps de traiter. Personne n'est remplacé. Le travail en retard, lui, a enfin été fait.

À l'inverse, une cheffe de chantier qui passe ses journées entre le téléphone, les fournisseurs et les imprévus sur place n'a presque rien à gagner d'un outil qui écrit. Son métier n'est pas fait de texte.

Pourquoi les tâches partent avant les postes ?

Parce qu'une IA ne remplace pas un métier, elle raccourcit des tâches. Un courrier de relance qui prenait vingt minutes passe à cinq : dix minutes de relecture, d'ajustement du ton et de vérification du montant, puis l'envoi. La machine a produit le squelette, l'humain a assumé le contenu. Multiplie par quarante courriers par mois et tu récupères environ dix heures. C'est là que se joue la différence, pas dans un grand remplacement.

Cette distinction a une conséquence directe sur ta stratégie. Si tu cherches à automatiser des postes entiers, tu vas te casser les dents et démotiver tes équipes. Si tu cibles des tâches, ça marche tout de suite, et les gens voient le gain dans leur propre semaine.

J'ai déjà écrit ici sur les cas où il faut garder la main, notamment quand une erreur coûte cher ou quand la donnée est sensible. Ce critère reste valable ici.

Que faire concrètement dans les six prochains mois ?

La première chose à faire ne coûte rien et ne demande aucun outil : demander à chaque personne de noter pendant une semaine les tâches qui prennent plus de vingt minutes et qui ne demandent aucune décision de sa part. Juste la tâche, le temps, la fréquence. À la fin de la semaine, tu as ta liste de candidats. Ce n'est pas la liste des postes à supprimer, c'est la liste du temps à récupérer.

Ensuite, on forme les gens sur deux ou trois de ces tâches, pas sur vingt. Une session pour comprendre comment formuler une demande, comment vérifier le résultat, comment repérer une réponse inventée. Le reste vient par la pratique, sur leurs vrais dossiers.

Et on décide à l'avance ce qu'on fait des heures gagnées. Si la réponse est « rien », le gain disparaît en trois semaines et personne ne s'en rend compte.

Quelles tâches l'IA ne sait toujours pas faire ?

Tout ce qui demande du jugement, du contexte ou de la responsabilité reste hors de portée : négocier un prix avec un client mécontent, gérer un conflit dans une équipe, décider de prendre ou non un mandat, assumer une erreur devant un client. L'IA produit du texte plausible. Elle n'engage personne. En entreprise, ce qui compte, c'est justement qui engage quoi. Les postes bâtis sur ces décisions ne sont pas près de disparaître, ils deviennent même plus visibles parce que le reste de la journée est dégagé.

Autre point qu'on oublie : la relation. Un client qui rappelle parce qu'il n'a pas compris sa facture ne veut pas une réponse parfaite, il veut être rassuré par quelqu'un qui connaît son dossier. Aucun outil ne remplace ça aujourd'hui, et c'est tant mieux.

En bref

En bref, l'IA ne supprime pas des postes dans les PME romandes, elle vide certaines journées de leurs tâches répétitives. Les postes les plus exposés sont ceux qui produisent beaucoup de texte standard : secrétariat, support de premier niveau, mise en forme. Les métiers de relation, de décision et de terrain tiennent. Le risque réel, c'est de laisser les heures gagnées se dissoudre sans rien en faire, ou de croire qu'utiliser un outil sans comprendre son métier suffit. C'est exactement ce qu'on travaille en formation à Morges, sur les vrais dossiers des participants : une soirée de deux heures suffit pour repartir avec deux ou trois tâches identifiées et la méthode pour les traiter sans se tromper. Les formats sont à 99 CHF la soirée, 189 CHF la demi-journée et 430 CHF la journée.

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